B. sensfelder et F. Roustang : une hypnose épurée

François Roustang

François Roustang (1923-2016) est un philosophe et hypnothérapeute français. D’abord jésuite puis psychanalyste, il se tourne vers l’hypnose qu’il pratiquera pendant 30 ans.

Constatant une impasse dans la résolution du transfert en psychanalyse, il remonte à la source, c’est-à-dire à l’hypnose. Il s’est formé aux Etats-Unis auprès de personnes ayant elles même été formées par Milton Erickson. Il abandonne finalement la psychanalyse au profit de l’hypnothérapie. C’est dans un esprit de recherche et de découverte qu’il pratiquera jusqu’à la fin de sa vie.

Au cours de ses 30 ans de pratique, il ne cessera d’approfondir, et en même temps d’épurer sa pratique, pour aboutir à une thérapie extrêmement simple, extrêmement efficace : la présence pure comme ouverture à tous les possibles, à toutes les guérisons. Dans ses derniers écrits, il soulignait même l’inutilité de la parole [1], au profit d’un centrage uniquement sur la qualité de présence.

Une ouverture au monde tel qu’il est

L’hypnose pratiquée par F. Roustang est différente, et même détachée de celle d’Erickson. Il ne s’agit pas d’un accès aux capacités de l’inconscient, mais d’une ouverture au monde tel qu’il est, tel qu’il nous dépasse. C’est un accès « à tout ». En état de veille, nous agissons, avec de l’intention, avec de la volonté. Par l’hypnose, nous pouvons nous laisser faire, nous laisser transformer. C’est cette absence de volonté combinée à une immersion dans l’environnement qui permet au changement d’advenir. Pour F. Roustang, le désintérêt de soi est une composante indispensable au changement.

Il introduit et développe le rôle de la perceptude, notion qui tente de décrire un rapport au monde particulier, par opposition à la perception. En état d’hypnose, il y a changement de plan : la personne passe d’une relation au monde quantifiable et descriptible (perception), à un plan général, global, confus, basé sur le ressenti et le non-communicable (perceptude).

En état d’hypnose, la personne s’intègre dans son environnement au niveau perceptude, et se laisse transformer, dans une attitude de non-agir, sans rien faire.

 

Bernard Sensfelder

Bernard Sensfelder exerce en tant que psychologue clinicien et eïnothérapeute en libéral. Il est également formateur dans les hôpitaux, cliniques et EHPAD de Bretagne et Vendée. Après avoir été Lacanien et publié un article sur l’anorexie mentale [2], il prend ses distances en 1992 avec la psychanalyse et arrête son activité de psychologue. S’ensuit une période d’ouverture à différentes fonctions. Il revient à la pratique de psychologue en 2003, cette fois ci dans une perspective de recherche s’appuyant sur les neurosciences.

Il est d’abord remarqué pour ses travaux sur la maladie d’Alzheimer [3]  et un article sur la gérontopsychologie [4] , puis sur la précocité intellectuelle [5]. Reconnu par F. Roustang comme son successeur, il continue et développe aujourd’hui cette approche de l’hypnose, ce qui l’a conduit à l’Eïnothérapie et l’Eïnophonie. Son livre est sorti au printemps 2017 : “Vaincre peur et culpabilité grâce à l’autohypnose et aux neurosciences.”

Ce livre fait la jonction entre les travaux d’A.R.Damasio et ceux de F.Roustang. Il donne les clés pour comprendre les origines du mal-être. Les concepts présentés s’appuient sur les neurosciences et un peu de psycho-sociologie.

 

[1]          F. Roustang, Jamais contre, d’abord: La présence d’un corps. Paris: Odile Jacob, 2015.

[2]          Journal des psychologues n° 60, 1988.

[3]          Congrès international de la SPGLF, 2006.

[4]          B. Sensfelder, « De la gérontopsychologie à la thanatopsychologie », Le Journal des psychologues, no 256, p. 37‑39, déc. 2010.

[5]          Pourquoi les enfants précoces ne vont-ils pas tous bien ? Conférence de l’ANPEIP, 2009.